Bilan des sessions Parcours de vie 2018 de Georges Arbuz (1)
Cette lettre du début de l’année 2019 aux adhérents de LVDN, est l’occasion de faire le point sur les sessions Parcours de vie, le contexte démographique expliquant leur création, les idées et méthodes toujours d’actualité, les changements qui se sont progressivement imposés.

Contexte démographique pris en compte
Il se caractérise par le contraste entre ce qui été appelé une révolution de l’âge et le retard de la société française à en prendre la mesure et à s’y adapter(2).
Si les membres des générations actuelles d’aînés ont comme perspective de vivre jusqu’à un âge avancé, ils doivent le faire dans un cadre social très différent de celui de leurs parents et dans une société qui a négligé ou n’a pas voulu voir l’importance des mutations en cours. Considérés comme des pionniers par Peter Laslett, les sessions ont été conçues pour leur permettre de réfléchir et d’échanger sur leur expérience et les questions qu’ils se posaient.


Les idées et les méthodes toujours d’actualité
La place donnée à l’écoute, à l’expression des participants et à l’élaboration collective. Dès le départ les participants ont été considérés comme des sujets dont l’expérience de vie et la réflexion méritaient d’être pleinement prises en compte. Afin qu’ils puissent s’impliquer, donner forme et approfondir leur pensée, une pratique d’écoute et d’expression, écartant tout jugement, leur a été proposée, des modes de fonctionnement des groupes favorables à l’élaboration individuelle et collective mis en place.

L’écoute recherchée
Dans la vie quotidienne l’écoute est rarement sollicitée(3). Si certains métiers demandent d’écouter, c’est pour choisir entre des options possibles, déterminer une conduite à tenir(4). Pour saisir le sens et la portée de l’écoute dont il est ici question, il faut quitter le registre instrumental, pratique et rappeler le lien consubstantiel qui unit expression et écoute. Ce que dit ou cherche à dire une personne est en correspondance avec la qualité de l’écoute qui lui est proposée, ou plutôt avec la qualité de la présence de l’écoutant à l’acte de parole. De même qu’il n’y a pas d’évènement théâtral sans spectateur, la nature de l’attention portée à celui qui s’exprime a une incidence sur ce qu’il va énoncer et découvrir en prenant la parole. Pour jouer pleinement son rôle l’écoute doit être une écoute active, une invitation adressée à celui qui prend la parole de présenter et poursuivre sa réflexion, être une attente qui tout en respectant le rythme et le temps dont a besoin la personne pour mettre en mot ce qu’elle ressent et ce qu’elle pense, évite d’être intrusive, est un encouragement et un appui pour qu’elle approfondisse et précise sa pensée, tire un enseignement de ce qu’elle vient d’énoncer.

1 arbuz@club-internet.fr
2 Voici la lecture qu’en ont donné les participants aux Rencontres sur le vieillissement organisées en juin 2001
par le Ministère de la recherche (Gorgeon C. et Léridon H. 2001) : « Le décalage entre le rythme, rapide, des
changements et l’inertie ou la lenteur de l’évolution des représentations collectives est d’autant plus net
aujourd’hui que nos sociétés ont connu, au cours des quarante dernières années, une révolution de l’âge de la
vieillesse sans précédent historique par son ampleur et sa rapidité… Or notre société n’a pris conscience que très
récemment de l’ampleur du phénomène (y compris les sciences sociales) et n’en a pour l’instant pas tiré de
conséquences sur le plan collectif » (Bourdelais P. et Henrard J.C. 2001 p.27).
3 « C’est d’ordinaire avec notre être réduit au minimum que nous vivons ; la plupart de nos facultés restent
endormies, parce qu’elles se reposent sur l’habitude qui sait ce qu’il y a à faire. » Proust M., A l’ombre des
jeunes filles en fleurs, A la recherche du temps perdu, éditions Gallimard, 1954, p. 656
4 A noter que cette manière de concevoir l’écoute renvoie au sens étymologique du terme, dérivé du bas latin
ascultare altération du latin classique auscultare Au début de l’année 1818, le docteur René Théophile Laennec
invente un nouveau moyen d’écouter le coeur et nomme son instrument stéthoscope (du grec stêthos, poitrine, et
de scope du grec skopos, de skokein, examiner, observer). Le 15 août 1819, il publie son livre De l’auscultation
médiate, ou Traité des diagnostics des maladies des poumons et du coeur fondé principalement sur ce nouveau
moyen d’exploration.